Un article, publié sur le site de Le Monde et signé par Philippe Jannet, m’a interpellé. Etant donné que tout est dit, et clairement, dans cet article, je me permets d’en citer quelques extraits plutôt que de le résumer en moins bien.
Discrètement, en marge de la campagne, le gouvernement prépare un décret qui, s’il était appliqué, tuerait l’Internet « made in France» . En effet, sous prétexte de surveiller au plus près les internautes, un décret d’application de la loi sur la confiance dans l’économie numérique du 21 juin 2004, exige que les éditeurs de sites, les hébergeurs, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile et les fournisseurs d’accès à Internet, conservent toutes les traces des internautes et des abonnés au mobile, pour les délivrer à la police judiciaire ou à l’Etat, sur simple demande.
En substance, devraient être conservés les mots de passe, « pseudos» , codes d’accès confidentiels et autres identifiants, numéros de carte bancaire, détails de paiement, numéros de téléphone, adresses e-mail, adresses postales, le numéro de l’ordinateur ou du téléphone utilisé, le moyen d’accès à un réseau, les date et heure d’appel, de connexion et de chacune de leurs consultations ou contributions sur un site Internet.
Le coût, aussi bien pénal qu’économique, d’un tel dispositif serait colossal pour la France.
En imposant aux entreprises françaises d’être des auxiliaires de justice ou des « indics» , l’Etat fragilise tout un pan de l’économie de demain et de la démocratie d’aujourd’hui, en favorisant qui plus est, la domination déjà outrancière des grands acteurs internationaux de l’Internet, qui ne seront pas impactés à l’étranger. Jusqu’alors, seuls les fournisseurs français d’accès à l’Internet et hébergeurs étaient soumis à cette exigence et l’Etat, qui avait promis des compensations financières aux coûts induits par une surveillance des moindres faits et gestes de leurs clients, met tant de mauvaise grâce à s’acquitter des indemnités dues que certains d’entre eux ont renoncé à en réclamer le règlement, préférant envisager la délocalisation pure et simple de leurs activités…
L’article au complet à cette adresse : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-899116,0.html
Je trouve aberrant qu’un tel décret puisse voir le jour, dans un pays tel que le nôtre. Aberrant sur deux plans. Déjà sur un plan moral, c’est une violation complète de la vie privée. Une version française, en pire, de Big Brother.
Ensuite, sur un plan économique, c’est méconnaître totalement le fonctionnement, l’esprit d’Internet. La mise en place d’un tel dispositif ne serait qu’une épine gigantesque dans le pied d’entrepreneurs, qui ont déjà du mal à percer sur le net. Ce serait également un dispositif lourd à mettre en œuvre pour toutes les entreprises ayant une partie de leurs activités en ligne. Et je ne parle même pas des particuliers (blogs, sites perso ou semi-pro).
Bref, je ne comprends pas. Sous prétexte de la lutte contre le terrorisme, l’Etat jouerait l’excès de zèle et serait prêt à sacrifier la compétitivité de son économie liée à Internet. Car avec un tel handicap, difficile de concurrencer les sites internationaux. Difficile également de croire que ceux qui ont les moyens de le faire, ne délocaliseront pas leurs activités internet à l’étranger. Encore un coup dur pour les hébergeurs.
Parfois, j’ai vraiment l’impression que ceux qui décident de l’Internet de demain ne comprennent même pas l’Internet d’aujourd’hui…


Tu a oublié de dire que c’était pendant une année entière !
Effectivement, tout doit être archivé et gardé pendant 1 an. On imagine la taille du ou des serveurs…