Cela faisait un petit moment que j’avais en tête cet article. Il y a en effet un sujet dans le monde de la littérature qui m’a toujours interpellé, c’est le clivage entre les romans à succès et les romans peu ou pas connus. Clivage qui dans les mentalités, s’exerce paradoxalement au profit de la deuxième catégorie…
Les romans à succès, ceux qu’on peut voir un peu partout en gondole et dont la sortie est annoncée en grandes pompes, semblent être boudés par un certain public. C’est un choix comme un autre, mais pourquoi donc ?
Je me suis toujours demandé ce qui poussait à cataloguer certains livres « grand public » ou « attention, livre à succès » et par la même occasion, les bannir de toute bonne bibliothèque qui se respecte. A croire que dans le monde littéraire, avoir du succès devient suspect… Le succès d’un livre ne serait-il pas un gage de qualité ? Pourquoi certains auteurs font un carton dès leur deuxième ou troisième livre, alors que d’autres ne décolleront jamais de toute leur vie ?
A quelques exceptions près, on ne naît pas grand écrivain, on le devient (ou pas) à force de travail, de talent, et il faut bien le dire, d’un zeste de chance. Alors qu’est ce qui peut pousser à rejeter d’emblée certains ouvrages sous prétexte qu’ils sont entourés d’une trop grosse aura publicitaire ? Après tout ce n’est pas la faute de l’écrivain, mais plutôt de la maison d’édition qui s’occupe de vendre le roman…
Serait-on face à une sorte de snobisme culturel, un clivage entre les bouquins grand public, ceux qu’on achète pas forcément pour les lire, mais pour dire qu’on les a acheté, comme tout le monde, et les bouquins qui ont l’énorme avantage de n’être connu que de quelques initiés ? Ce serait bien dommage à mon avis, car ce serait se priver d’une partie de la littérature.
Ceci dit, il est vrai qu’il existe certains détails qui ne trompent pas, comme lorsqu’on voit sur la couverture d’un roman, le titre écrit plus petit que le nom de l’auteur. Il y a de quoi se poser des questions. Surtout quand l’éditeur a jugé utile de rajouter « par l’auteur de…. », à l’attention de ceux qui se rappelleraient du titre du dernier best-seller, mais qui auraient oublié le nom de celui qui l’a écrit.
Avec ça, je comprends parfaitement que l’on ait envie de court-circuiter ce système et de préférer dénicher la perle rare ailleurs.
Mais d’un autre côté, c’est dommage. Il m’est arrivé de lire des best-sellers absolument passionnants, comme de lire de vrais navets. Marketing et qualité sont à mon avis deux choses distinctes, et il me parait important de les dissocier. Décider de faire abstraction de toute influence marketing pour lire un livre et se faire sa propre opinion, quelque soit l’auteur ou la réussite de celui-ci, est à mon sens une plus grande preuve de liberté ou d’indépendance intellectuelle que boycotter d’emblée une partie de la littérature.


Bien sur. Le marketing peut faire ou defaire les succes de librairie, mais comme pour toute oeuvre d’art, je pense que si on a du mal a la juger, il faut se dire que la plus part du temps la posterite fait bien les choses. Elle fait ressortir Artaud, et range parmi les phenomenes de leur epoque les auteurs a succes qui ne produisaient pas forcement des trucs nuls, mais qui n ont jamais rien apporte de neuf et qui avaient un gros succes commercial plus ou moins merite..
Il me semble que tout réside dans la définition "un bon bouquin". Pour certains c’est un livre qui apporte du neuf, un renouveau. Pour d’autres c’est un moyen de s’évader ou de s’instruire. Pour d’autres encore c’est juste de quoi passer un voyage en train… Nous cherchons tous des choses différentes dans un livre c’est en ça que les critiques littéraires (mais aussi musicales et cinématographiques) sont souvent énervantes. Elles pronent trop souvent une pensée unique, où evidemment le succès populaire est mal vu!
D’accord avec le fait qu’on retrouve une pensée unique du côté des (certaines) critiques, visant à faire ventre les derniers grands livres à la mode. En ce sens, on peut avoir le sentiment que le lecteur devient un consommateur.
Mais je pense que refuser ce système est aussi une forme de pensée unique, consistant à boycotter finalement certains auteurs, parfois sans même avoir lu un seul de leurs livres.
Et dans ce cas de figure aussi, on se retrouve victime du marketing.
Alors pourquoi tout simplement ne pas utiliser le marketing pour ce à quoi il sert, c’est à dire nous faire connaitre des livres. Sans arrières pensées. Après, libre à nous d’acheter et d’aimer…
Sans arrières pensées? Si possible, dans le sens ou l’on peut se sentir libre en ayant été influencé..
"La posterite fait bien les choses."
C’est juste, si on parle de la peur compréhensible que cette avalanche de pub tue les bons auteurs.. Car il est vrai que du point de vue de l’art, rares ont été les artistes qui ont vraiment changé les choses et qui ont été appréciées en leur temps..
Il y a trop de parution pour que chaque livre bénéficie du même marketing, donc il faut faire des choix, donc il y aura toujours un sentiment de frustration…
Car, c’est aussi une question de moyen et les grosses maison d’édition sont toujours mieux représentées.
Je ne sais pas dans quelle catégorie me mettre en fait. Aucune??!? Ce serait plus simple. J’évite les rentrées littéraires, avec LES livres qu’il vous faudra lire tout de suite. En général, je regarde avec le temps, si un livre m’interpelle ou non. Je regarde rarement les quantités vendues pour me faire une idée d’un livre. Pratiquant le bookcrossing depuis presque 3 ans, j’ai fait énormément de découvertes. Bonnes ou mauvaises. Là je viens de lire absolument fabuleux, qui avait reçu un prix l’année passée. Il était passé à côté de ce que je lis d’habitudes. Et bien je ne regrette pas de l’avoir plus tard que tout le monde! C’est même mieux, car il n’y a pas la pression du: Alors, t’as trouvé comment? T’as bientôt fini??!? Lire est une passion, non une obligation pour moi (contrairement à M. Speedy qui s’en passerait bien!).
Je pense que je me range dans la même catégorie de lecteurs que toi. Je ne cours pas après les derniers livres à la mode, mais je ne les fuis pas non plus comme la peste.
Il m’arrive de lire un livre parce que j’en ai lu une critique positive sur un blog. La plupart du temps, je ne prend pas trop de risque et je regarde quels sont les livres ayant le plus de succès dans les librairies. Ensuite je choisi en fonction de mes goûts et de mes envies du moment.
Mais en effet, il ne faut surtout pas se forcer à lire, sinon ca ne sert strictement à rien. Il y a suffisamment de livre pour que tout le monde trouve chaussure à son pied ;).
Je ne comprends pas bien. Qualité et Marketing s’entrainent l’un l’autre… C’est une synergie.
Le "chef d’oeuvre", au fond, ca n’est qu’un best-seller qui continue à se vendre. Sinon c’est un vide-grenier/
Hmm pas forcément. Il arrive que des livres de grande qualité soient eclipsés par le reste de l’actualité littéraire au moment de leur sortie. A l’extrême, certains te diront que des auteurs ne "connaitront" le succès qu’après leur mort..
Et d’un autre côté, des livres sortant en grandes pompes, avec énormément de pub, peuvent n’être que des navets au fond. Des livres sans grand intérêt littéraire, ou sans grand intérêt tout court.
Dans mon billet, je dénoncais un peu la dérive qui consiste à faire de ces deux exemples ci dessus une généralité, et à dénigrer les livres "grand public", ceux qu’on voit parfois en gondole, au profit de livres "vide grenier" comme tu dis, et cela au détriment d’un véritable esprit critique. La conclusion de ce que je pense se trouvant dans le dernier paragraphe de ce billet.
"A l’extrême, certains te diront que des auteurs ne "connaitront" le succès qu’après leur mort"
Je veux bien que tu me donnes des exemples. En général, quand on cite de telles personnes, on s’aperçoit qu’en fait:
1) soit elles n’étaient pas si méconnues que çà de leur vivant
2) soit on les connait aujourd’hui à travers une autre oeuvre… Exemple de la traduction d’un auteur étranger par quelqu’un de connu, ou adaptation d’un livre en film, auquel cas ils restent toujours assez peu connus du grand public (ex: Philip K. Dick)
3) soit ils voulaient tout simplement rester dans l’anonymat ou qu’ils étaient peu prolifiques ou torumentés (Ex: Lovecraft, Kafka)
4) soit leur médiatisation participe plus à un effet de mode, et qu’ils seront en quelques sortes réoubliés dans 6 mois
Ca fait déjà pas mal de possibilités d’être connus après sa mort.
Et puis ce n’étais qu’un point de détail de ma réponse.