Exode terrestre (suite et fin)

C’est alors que Tommy Herzymann changea sans le vouloir, l’avenir de l’humanité. Qui était donc cet homme ? Tout simplement le président d’une entreprise de fabrication de brosses à dents. Les brosses à dents Herzymann étaient connues dans le monde entier pour leur efficacité et leur design. Cet homme était accessoirement milliardaire et passionné de golf. Il fut le premier à avoir l’idée de créer des terrains de golf géants sur la Lune. Il vendit donc son entreprise pour s’installer à son compte et y créer une centaine de terrains. Il y en avait de toutes sortes et pour tous les niveaux. Et là où résidait le génie d’Herzymann, c’était qu’il y avait déjà des trous sur la lune !

Il suffisait tout simplement de se servir des milliers de cratères recouvrant la surface de cet astre. L’avenir était en marche. Comme chacun le sait, il est de bon ton quand on a suffisamment d’argent, de s’adonner à ce passe temps fort plaisant qu’est le golf. Or en ces temps difficiles, sur Terre, les terrains de golf se faisaient de plus en plus rare. Tout simplement à cause de la surpopulation, de la pollution, des rats et des mafias qui avaient racheté quasiment tous les terrains pour y construire des usines de fabrication de climatiseurs. John Trigreen, brillant avocat new-yorkais et sa secrétaire Pamela Duval furent les premiers à venir s’installer sur la Lune et à s’adonner à la passion du golf. A eux deux, via leurs relations dans la jet set, il lancèrent la mode. A partir de cette époque toutes les stars quittèrent, une bonne fois pour toutes, ce taudis infernal qu’était devenue la Terre. Là-haut, ils trouvèrent enfin le calme que leurs ancêtres connaissaient jadis aux Baléares, Caraïbes et autres endroits, devenus depuis invivables.
Si bien qu’en l’espace de quelques années, il ne restait pratiquement plus aucune célébrité sur Terre. Cela entraîna un véritable bouleversement. Les paparazzis se retrouvaient au chômage, de même que les journaux people. Les fans et les piques assiettes tombaient tous en dépression, mais ne pouvaient se faire soigner, étant donné que les psychiatres avaient également migré sur la Lune. Il fallait bien que ces derniers suivent les personnalités du showbiz, sinon que seraient-elles devenues ?

Or, cette mode touchait également les présentateurs télé, acteurs, chanteurs, écrivains… Les cinémas fermèrent donc les uns après les autres, de même que les chaînes de télévision, les radios, les maisons d’édition. Tout ce qui pouvait égayer la vie monotone des terriens avait disparu. La vie sur Terre était bel et bien devenue un enfer. Et la Lune un paradis. C’est à ce moment qu’entra en jeu Alexis Tzedemirov. La deuxième personne après Tommy Herzymann à avoir changé le cours de l’histoire. Cet homme n’était ni un « people », ni un riche PDG, et encore moins un amateur de golf. Il était juste ingénieur. Ce qui en soit est déjà fort sympathique. Il avait de surcroît le mérite de travailler à la NASA. Ces deux conditions réunies faisaient de lui un homme très bien placé pour bouleverser l’avenir de l’humanité. Mais pour cela, il lui fallait une idée révolutionnaire. Or ça tombait bien, il venait d’en avoir une alors qu’il dévorait son petit-déjeuner, un lundi matin. En effet, quelques mois plus tard, le monde entier allait connaître Alexis comme l’inventeur d’un nouveau mode de propulsion qui devait rendre les navettes spatiales beaucoup moins coûteuses et donc les voyages intersidéraux accessibles à tout le monde.
Ce fut un véritable raz-de-marée. Tous ceux qui avaient économisé durant des années pour s’acheter une maison ou une voiture dépensèrent leur argent dans un forfait comprenant le voyage, l’appartement dans une colonie et un abonnement d’un an dans un club de golf. La Lune dépassa très vite le milliard d’habitants. Heureusement, les ingénieurs sur place avaient pensé à tout, et un système d’assainissement de l’air et de renvoi des ordures sur Terre permettait au satellite de conserver son titre de paradis.

Parallèlement à cela, la vie sur Terre devenait de plus en plus infernale. L’humanité toute entière était obsédée par l’idée d’abandonner cette planète « has been » et de déménager sur son satellite. Seules les mafias et les rats semblaient au final y trouver leur compte. Si bien que la vie ne tournait plus qu’autour de cette idée : quitter la Terre. On économisait jusqu’au moindre centime pour se payer le droit de changer d’horizon. Les entreprises n’avaient pour but que le profit immédiat, afin de délocaliser sur la Lune. Peu à peu, la quasi-totalité de la population terrienne migra. Le nombre de ceux qui restèrent descendit à environ 500 millions d’individus. Alors que la population lunaire avait largement dépassé les 14 milliards. Les dernières personnes à ne pas s’être expatriées vers la lune étaient pour la plupart des écologistes persuadés que la situation pouvait s’améliorer, des vieillards, des gens vivant en dessous du seuil de pauvreté et ne pouvant se payer le voyage. Même les mafias avaient finalement décidé d’abandonner la Terre. Le nombre d’allers simples Terre-Lune diminua peu à peu. Les lunaires ne voulant plus du tout retourner sur leur ancienne planète, et les terriens trouvant finalement la vie plus agréable sans tout ce monde. Après les voyages, ce fut au tour des communications de diminuer, puis de disparaître.

Au fil des décennies, les quelques millions de personnes restées sur Terre organisèrent leur vie paisiblement. Les villes ne dépassaient jamais 200 000 habitants et étaient suffisamment espacées les unes des autres pour ne pas générer de fortes concentrations humaines. Des moyens de locomotion écologiques permirent de diminuer le taux de CO2 dans l’atmosphère. De toutes façons, cela faisait bien longtemps qu’il ne restait plus aucune goutte de pétrole. Et personne n’avait le courage d’aller au fond des mers récupérer ce qui était resté dans les cales des pétroliers échoués… On remarqua également une diminution importante du nombre de rats, qui était enfin descendu à un niveau normal. Le travail de la mafia n’avait donc pas été vain. Comme les terriens étaient peu nombreux, ils pouvaient facilement se partager les richesses, si bien que personne ne manquait de rien. La qualité de vie était extrêmement élevée, égalant celle des Suisses et même des Suédois.

Si bien qu’en 3006, la Terre était à nouveau une planète agréable à vivre.
La population, ayant retenu les leçons du passé, avait su allier modernité et confort. L’économie était florissante. Le système de santé parfait, car la demande ne dépassait jamais l’offre.

Aujourd’hui, les lunaires ont complètement oublié leurs homologues terriens et continuent de penser que la Terre est restée le dépotoir qu’ils ont fui, jadis.
D’après nos informateurs, la Lune serait d’ailleurs en train de connaître depuis peu quelques problèmes liés à des rats en surnombre. De plus les stars du showbiz seraient en train de migrer vers Mars…

FIN.

Par MatthieuM

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2 commentaires sur Exode terrestre (suite et fin)

  1. L'inconnue du bataillon dit :

    J’ai bien aimé cette histoire. Je ne sais pas si c’est normal, mais elle m’a fait sourire. L’écriture est fluide, ce qui facilite le lecture. Cette espèce de répétition à la fin était très amusante. L’enchainement des actions est très dynamique. Bref, j’aime beaucoup!!CONTINUE!!!

  2. MatthieuM dit :

    Merci pour ton encouragement. Et je te rassure, j’espère bien que cette histoire t’as fait sourire, je l’ai voulu volontairement amusante, par certains détails absurdes et un petit côté cynique ;)

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