Bonjour. Il est encore trop tôt pour que vous le réalisiez, mais vous êtes sur le point de lire une nouvelle totalement inédite. Vous allez être les premiers à lire l’histoire d’un trombone. Mon histoire. Je suis un trombone en fin de vie et je vais vous raconter ce que j’ai sur le cœur…
Il y a très exactement huit mois, je voyais le jour sur les chaînes de montage d’une usine de fabrication de trombones au nord-ouest de Londres. C’est à ce moment que mon calvaire débuta. Beaucoup d’humains se plaignent de ne pas avoir été gâtés à la naissance, d’avoir hérité de mauvais parents ou d’un nom de famille ridicule. Je peux vous assurer qu’être issu du recyclage de vieilles canettes de soda allégé en sucre, cela pousse à l’humilité. Passons également sur le fait que je sois né très bas dans l’échelle hiérarchique des métaux. A vrai dire, entre le fil de fer et la fermeture éclair. Mais devinez quoi, ce n’est pas ça le pire. Non, le pire c’est d’avoir été affublé d’une horrible couleur rose bonbon. Et dans l’univers des trombones, croyez moi, le rose ce n’est vraiment pas facile à porter.
Rendez vous compte, il m’aura fallu sept mois pour voir enfin la lumière du jour. Pendant tout ce temps, je suis resté enfermé avec d’autres trombones dans une petite boite sombre. La chaleur y était étouffante. Et puis c’était assez frustrant de n’avoir aucune idée du moment où nous pourrions enfin servir à quelque chose. Pour passer le temps, nous nous racontions des histoires. Certains trombones ayant fait un tour dehors revenaient et nous expliquaient, essoufflés, ce qu’ils avaient vu. Personnellement je n’écoutais que d’une oreille toutes ces rumeurs et j’attendais tranquillement mon tour.
Dans le monde des trombones, nous avons aussi nos héros. On raconte encore l’histoire de l’un d’entre nous, qui a servit au maintient de documents, passés en douce à travers la frontière par un agent des services secrets. Des légendes comme celle-ci, j’en connais des dizaines.
Lors de ma sortie dans le monde extérieur, je me suis retrouvé dans un univers très connu des trombones : un bureau dans une entreprise. Le mien était au vingtième étage d’une tour Londonienne. Mon propriétaire, expert comptable, était un gros bonhomme chauve et légèrement bégayant. Quand je voyais les autres trombones entre les mains de la secrétaire, j’en étais malade.
Vous n’imaginez pas tous les ragots que peuvent se raconter les employés d’une entreprise lorsque le patron est loin. Et le plus drôle c’est que les humains ne pensent jamais à vérifier si un trombone se trouve dans la pièce, avant de bavarder. Du coup, on entend tout, on est au courant de tout. Mais on ne peut rien dire, ce qui est assez frustrant.
Le ragot de ma vie si j’ose dire, fût la rumeur de tromperie de la femme de mon expert comptable avec le réparateur de photocopieuses. Evidemment mon propriétaire n’était au courant de rien. C’était bien le seul.
J’étais donc devenu le témoin passif du feuilleton de la vie humaine, du travail, des projets et autres documents plus ou moins officiels. Bien évidemment ma couleur revenait sans cesse sur le devant de la scène et m’empêchait de servir à de nobles causes. Je n’étais qu’un trombone de seconde zone. Cela m’était égal, après tout, je ne cherchais pas la gloire. A la différence de ces trombones géants que l’on retrouve toujours sur les rapports les plus importants.
Cela m’a d’ailleurs permit de conserver une vie simple et paisible. Les trombones un peu trop frimeurs connaissent souvent le même destin que leurs documents, c’est-à-dire le fond d’une armoire.
Mon seul regret dans la vie est de n’avoir jamais voyagé. Cela devient de plus en plus rare pour nous. C’est normal, avec l’expansion du fax, puis d’Internet, les dossiers transitent le plus souvent par mail. De ce fait, nous restons généralement toute notre vie dans la même entreprise. Pire, parfois nous ne quittons jamais le périmètre d’un bureau. Sauf pour le voyage final bien entendu.
Le voyage final ? C’est tout simplement ce qui attend chacun d’entre nous. Nous ne sommes pas éternels, vous savez. Pas plus que les humains. Il nous arrive à nous aussi d’être usés, tordus ou démodés. Nous sommes alors relégués au fond d’un tiroir, pendant des mois, voire des années. Avant de terminer à la poubelle. Heureusement, je n’ai pas eu à attendre très longtemps.
En effet un jour, la femme de ménage me laissa négligemment tomber dans la corbeille à papier. Par la suite, on me fit passer par tout le cycle de traitement des déchets.
Au moment où je vous parle, je suis sur le point d’être fondu. J’avoue avoir un peu le trac. Heureusement que vous êtes là pour m’accompagner, peut être même que vous ne regarderez plus les trombones de la même manière à l’avenir… Je ne sais pas encore en quel objet je vais être recyclé, mais je vous promets de vous donner de mes nouvelles dès que possible.
Bon, cette fois-ci, je me lance.
De MatthieuM


Je crois que celle là c’est vraiment ma préférée! (du moins pour l’instant!)
Il a de la chance ce trombone, il a échappé au "broyage-machouillage" des dents de la secrétaire…
ben, c’est joli le rose pourtant!!
J’adore ta nouvelle, vivement les reincarnations avec le petit trombone tout fretillant avide d’aventures..
Comment il s’appelle, d’ailleurs?
Et bien il n’a pas de nom justement. Ca fait parti d’un des désavantages de sa condition de trombone :)
C’est une histoire très plaisante (même si ma préférée reste exode terrestre). Je tiens néanmoins à préciser que tous mes trombones sont bien traités rose ou bleu puisque je n’en ai que de ces couleurs!
Très original et sympa
Super cette histoire de trombone! Les miens ont tendance à se cacher quand j’ai besoin d’eux!
J’aime beaucoup aussi. Lors des premières lignes j’ai cru que ce trombonne allait faire partir d’un groupe de rock, puis j’ai compris que celui ci n’avait rien d’un instrument de musique! C’est peut être une piste pour sa réincarnation…
Pas mal l’idée du trombone, instrument de musique, peut-être une idée pour la prochaine reincarnation! (quand j’aurai à nouveau accès a internet a mon domicile…)
mon cher je te mets sur mon blog dans a lire si ca te pose un probleme tu dis et j enleve.
Aucun problème, au contraire, je t’en remercie ;)
je suis surpris du pu de commentaires suite à vtre billet ! ;)