Le réveil se déclencha. François ouvrit péniblement les yeux et dans un geste semi inconscient, stoppa cette maudite sonnerie. Il regarda le cadran. Il était déjà sept heures. François n’avait que très peu dormi, comme toutes les nuits depuis de nombreuses années. A 65 ans, il avait de plus en plus de mal à trouver le sommeil, et encore plus à se réveiller le matin. Il serait volontiers resté au lit, mais ce vendredi 17 juin n’était pas vraiment un jour comme les autres. Il n’avait pas le droit d’être en retard, les médecins de l’hôpital auraient pu mal le prendre. En se levant, il se rendit compte que son arthrose lui faisait toujours plus mal. Et encore, si ce n’était que ça. Il avait de temps en temps l’impression que tout partait à la dérive dans cette vieille machinerie mal huilée qu’était devenu son corps.
Il s’empressa de prendre son petit déjeuner, malgré le manque d’appétit que lui causait l’anxiété. Il en avait vu des médecins dans sa vie. Mais ce matin là, il avait comme une petite boule au ventre à l’idée de se rendre à l’hôpital. Il ne se serait jamais imaginé aussi sensible.
Devant sa glace, en se rasant, il contempla son corps affaiblit. Ses cernes témoignaient de la quantité de nuits blanches qu’il avait enduré au cours de sa vie. Il observa ses rides, ainsi que son crâne partiellement dégarni. Ses articulations le faisaient souvent souffrir, malgré la quantité de médicaments qu’on lui avait prescrit.
– Mieux vaut souffrir que ne rien ressentir, se dit-il à voix basse.
A travers son reflet, il avait l’impression d’observer une autre personne. Comme si sa conscience de jeune homme s’était peu à peu retrouvée prisonnière d’une carapace usée et vieillissante. Ce corps qui autrefois lui permettait de réaliser des prouesses avait fini par se retourner contre lui.
C’est aux alentours de huit heures que le taxi arriva. Le chauffeur se gara dans l’allée et attendit François. Ce dernier sortit de chez lui lentement et pris place à l’arrière. Depuis quelques mois, il n’utilisait plus sa voiture. Sa vue déficiente l’empêchait de prendre le volant.
Alors que le véhicule démarrait, il tourna la tête et regarda un instant sa maison. L’aube lui donnait une allure fantomatique. Il l’avait acheté quinze ans plus tôt, peu avant le décès brutal de sa femme.
Le trajet menant à l’hôpital fut étonnement rapide. François observa à travers la vitre cette grande bâtisse qui se profilait à l’horizon, haute de plusieurs étages et accueillant des milliers de malades ainsi que plusieurs centaines de médecins.
Après avoir récupéré ses affaires dans le coffre du taxi, François pénétra à l’intérieur, traversa le grand hall en ne manquant pas de saluer l’hôtesse d’accueil. Il prit l’ascenseur et arriva au neuvième étage. Il s’avança lentement jusqu’au bout d’un long couloir, poussa une porte et entra dans une pièce où l’attendaient trois médecins.
Le plus jeune d’entre eux s’élança vers lui, dans son regard se mêlaient respect et tristesse. En lui serrant chaleureusement la main, il souhaita à François une agréable retraite.
– Merci Jonathan, répondit François. Mais ma carrière ne prendra fin que ce soir.
Alors une dernière fois, François enfila sa blouse blanche, rangea son stéthoscope dans sa poche et s’assit derrière son bureau.
De MatthieuM


Tu écris vraiment bien!
Tes nouvelles sont super! =)
Belle nouvelle. La description a du souffle. Et la chute m’a surprise.