D’après un concept inspiré du blog de Vanina, j’initie ici le premier billet d’une (j’espère) longue série. Chaque dimanche je vous ferai (re)découvrir un article ancien, injustement oublié dans les archives, mais toujours d’actualité. Commençons aujourd’hui par « Et votre yaourt, il est bon ?» publié le Samedi 25 février 2006 :
En quelques années, il s’est opéré un changement très intéressant dans la publicité. Avant, lorsqu’on voyait une publicité pour un yaourt, on s’attendait à se faire vanter les mérites d’un sublime arôme vanille-fraise ou encore la texture parfaite d’un velouté. Cette époque est révolue.
Désormais, la mode est aux alicaments. Les alicaments ce n’est pas la dernière trouvaille d’un laboratoire américain. Les alicaments, c’est la contraction d’« aliments » et de « médicaments ». Vous en avez certainement dans votre frigo, vous êtes peut être déjà accro.
Le concept est simple, il s’agit d’incorporer dans un simple yaourt, des nutriments destinés à soigner telle ou telle maladie. Ou à prévenir l’apparition de tel ou tel trouble fonctionnel. Evidemment cela concerne toutes les tranches d’âge, toutes les circonstances.
C’est l’hiver et vous avez peur de prendre froid ? Gardez le sourire ! Il vous suffit de prendre matin, midi et soir le yaourt X et vous serez protégé.
Vous avez peur que votre enfant grandisse mal ? Rassurez-vous, en lui donnant régulièrement le yaourt Y spécial croissance, vous l’aidez à grandir.
Votre ado est mou et accessoirement pas très futé ? Le problème est réglé, avec les alicaments il deviendra enfin un génie.
Vous êtes âgé et vous avez, ou vous croyez avoir, ou vous avez peur d’avoir… du cholestérol ? Le beurre Z va s’en occuper.
Le fin du fin, c’est d’ajouter à la publicité un petit schéma explicatif et une blouse blanche (certainement plus intermittent du spectacle que véritable chercheur) qui en rajoute une bonne couche. Pour les enfants qui risqueraient de trouver ces explications scientifiques trop barbantes, un petit dessin animé de quelques secondes fera l’affaire.
Le problème qui se pose, c’est que bien que ces alicaments reposent sur une base scientifique, ils ne sont pas considérés comme des médicaments. Donc, ils ne subissent pas tous les contrôles nécessaires à la mise sur le marché des vrais médicaments. Mais ce n’est pas vraiment grave puisqu’on ne risque rien en les consommant. Ca ne peut pas faire de mal. C’est d’ailleurs un autre argument marketing, mais celui là, indirect.
Je crois que la question qu’il faut se poser c’est : en quoi sommes-nous différents d’il y a dix ou vingt ans ? Est-ce qu’il y a eu ces temps-ci une augmentation de la proportion d’enfants présentant des carences vitaminiques ? Est-ce que l’hiver est plus nocif en l’an 2000 que dans les années 80-90 ? Est-ce que nous sommes tous victimes de troubles digestifs ? La réponse est non. Mais ces besoins que nous n’avions pas il y a quelques années, nous semblons les avoir aujourd’hui. L’idée est simple mais géniale : inventer un problème qui n’existait pas et fournir la solution à ce problème. Payante, cela va sans dire.
Simple, mais très efficace car maintenant le seul et unique argument avancé pour vanter les mérites d’un laitage (yaourt à boire, à manger, beurre…) est son impact positif sur la santé (et accessoirement les conséquences négatives de sa non consommation).
Qui sait, peut être que d’ici quelques années, nous ferons nos courses en partie dans des pharmacies. Et les enfants des décennies à venir collectionneront les brosses à dents offertes dans des boites de céréales allégées en sucres et enrichies en oméga-3. On n’arrête pas le progrès, surtout dans le domaine de la publicité…


La « scientific touch» rassure les consommateurs croyant au sérieux du produit… J’ai justemet étudié pendant ma formation en comm’ scientifique l’impact énorme sur les consommateurs de la blouse blanche et des quelques mots scientifiques charabia incompréhensibles. Je trouve ce principe scandaleux comme j’ai déjà pu l’écrire sur mon blog ! Il faut arrêter de nous prendre pour des consommateurs mous du cerveau et de se servir de la crédulité des gens pour s’en mettre encore plus dans les poches. Je n’arrête pas de le dire : manger équilibré, c’est la résolution assurée de tous les petits désordres liés à une mauvaise alimentation. Les alicaments ne sont que de la poudre aux yeux…
Très bonne idée ce billet. Finalement avec toutes les bonnes idées, les blogs seront bientôt surchargés les dimanche ;-)
Marouschka > Tout à fait d’accord avec toi. Je suis content d’avoir l’avis d’une spécialiste en communication scientifique, c’est pile poil le sujet :)
Manu > Merci merci :)
tout a fait d’accord avec toi Matthieu!on partage le même avis sur ces soi disant produits bien être!
très sympa ton plugoo…je te pique l’idée!très pratique pour parler avec ses visiteurs.je n’avais pas trouvé (et pas cherché non plus) un chat sympa.