Et votre yaourt, il est bon ?

En quelques années, il s’est opéré un changement très intéressant dans la publicité. Avant, lorsqu’on voyait une publicité pour un yaourt, on s’attendait à se faire vanter les mérites d’un sublime arôme vanille-fraise ou encore la texture parfaite d’un velouté. Cette époque est révolue.

Désormais, la mode est aux alicaments. Les alicaments ce n’est pas la dernière trouvaille d’un laboratoire américain. Les alicaments, c’est la contraction d’« aliments » et de « médicaments ». Vous en avez certainement dans votre frigo, vous êtes peut être déjà accro.

Le concept est simple, il s’agit d’incorporer dans un simple yaourt, des nutrimentsdestinés à soigner telle ou telle maladie. Ou à prévenir l’apparition de tel ou tel trouble fonctionnel. Evidemment cela concerne toutes les tranches d’âge, toutes les circonstances.


C’est l’hiver et vous avez peur de prendre froid ? Gardez le sourire ! Il vous suffit de prendre matin, midi et soir le yaourt X et vous serez protégé.

Vous avez peur que votre enfant grandisse mal ? Rassurez-vous, en lui donnant régulièrement le yaourt Y spécial croissance, vous l’aidez à grandir.

Votre ado est mou et accessoirement pas très futé ? Le problème est réglé, avec les alicaments il deviendra enfin un génie.

Vous êtes âgé et vous avez, ou vous croyez avoir, ou vous avez peur d’avoir… du cholestérol ? Le beurre Z va s’en occuper.

Le fin du fin, c’est d’ajouter à la publicité un petit schéma explicatif et une blouse blanche (certainement plus intermittent du spectacle que véritable chercheur) qui en rajoute une bonne couche. Pour les enfants qui risqueraient de trouver ces explications scientifiques trop barbantes, un petit dessin animé de quelques secondes fera l’affaire.

Le problème qui se pose, c’est que bien que ces alicaments reposent sur une base scientifique, ils ne sont pas considérés comme des médicaments. Donc, ils ne subissent pas tous les contrôles nécessaires à la mise sur le marché des vrais médicaments. Mais ce n’est pas vraiment grave puisqu’on ne risque rien en les consommant. Ca ne peut pas faire de mal. C’est d’ailleurs un autre argument marketing, mais celui là, indirect.

Je crois que la question qu’il faut se poser c’est : en quoi sommes-nous différents d’il y a dix ou vingt ans ? Est-ce qu’il y a eu ces temps-ci une augmentation de la proportion d’enfants présentant des carences vitaminiques ? Est-ce que l’hiver est plus nocif en l’an 2000 que dans les années 80-90 ? Est-ce que nous sommes tous victimes de troubles digestifs ? La réponse est non. Mais ces besoins que nous n’avions pas il y a quelques années, nous semblons les avoir aujourd’hui. L’idée est simple mais géniale : inventer un problème qui n’existait pas et fournir la solution à ce problème. Payante, cela va sans dire.

Simple, mais très efficace car maintenant le seul et unique argument avancé pour vanter les mérites d’un laitage (yaourt à boire, à manger, beurre…) est son impact positif sur la santé (et accessoirement les conséquences négatives de sa non consommation).

Qui sait, peut être que d’ici quelques années, nous ferons nos courses en partie dans des pharmacies. Et les enfants des décennies à venir collectionneront les brosses à dents offertes dans des boites de céréales allégées en sucres et enrichies en oméga-3. On n’arrête pas le progrès, surtout dans le domaine de la publicité…

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2 commentaires sur Et votre yaourt, il est bon ?

  1. doc oc dit :

    remarque intérréssante !!
    J’avoue n’avoir pas preté plus d’attention à cette nouvelle vague de mode chez nos amis les publicitaires ! et oui car il s’agit à mon strict avis bien sur, d’un simple coup de la mode qui envahit la pratique culinaire des français !

  2. six-loups dit :

    Bien vu. ca fait longtemps que le phonomene est en route et pour toutes sortes de produits alimentaires. j’avais remarqué ca sur les boites de cereales ou l’on voyait petit a petit plus d’infos nutrition que de paragraphes vantant les mille saveurs du produit.
    C’est a la mode, les consommateurs ont peur !
    PS : oui, l’article date, je sais :)
    bonne continuation

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